Lettre ouverte de Johane Filiatrault et Jean Beauchemin (format .doc)

 

Sacerdoce Sans Frontières

SACERDOCE SANS FRONTIÈRES est une initiative visant à renouveler le sacerdoce chrétien en le repensant en profondeur. Pour ce faire, nous voulons maintenir une indépendance totale à l'égard de tous pouvoirs politiques, économiques et religieux.

Un sacerdoce oecuménique est-il possible? Nous croyons que oui ; il est possible dans la mesure où il demeure détaché des institutions ecclésiales.

Qui peut recevoir le sacerdoce? Nous croyons que le sacerdoce est un sacrement; c'est à dire qu'il est une expression de la présence de Dieu parmi nous, et donc, le dévoilement ou la révélation d'un des aspects de Dieu. À ce titre, comme tous les sacrements, il est disponible à tous ceux qui le désirent sincèrement, sans regard au sexe ou à l'état de vie.

Qui peut conférer le sacerdoce? C'est Dieu qui appelle au sacerdoce. C'est Lui qui voit la profondeur du coeur de chacun et de chacune et qui choisit et prépare qui Il veut. Nous croyons qu'il est de la responsabilité des communautés ou groupes chrétiens de discerner qui, parmi eux, est capable du sacerdoce. 

Voici ce que St-Paul recommande à Timothée au sujet du choix du "préposé"*:

"Si quelqu’un aspire à être préposé, il désire une oeuvre belle.
     Il faut donc que le préposé soit au-dessus de tout reproche, (...) sobre, pondéré,
     ordonné, hospitalier, capable d’enseigner;
     ni buveur, ni batailleur mais affable, ennemi des chicanes, détaché de l'argent,
     menant bien sa maison, avec des enfants soumis en toute dignité.
     Si quelqu’un ne sait pas mener sa propre maison,
     comment prendrait-il soin d’une communauté d’Elohîm ?
Que ce ne soit pas un nouveau converti, de peur qu'il ne tombe, aveuglé par l'orgueil, sous la condamnation portée contre le diable. Il lui faut aussi avoir un beau témoignage de ceux du dehors.
De même, les assistants** seront graves, sans duplicité,
   non portés au vin, ni avides au gain honteux,
   tenant le mystère de l’adhérence (la foi) dans une conscience pure.
   Et ceux-ci, qu’ils soient d’abord éprouvés,
   pour qu’ils servent en étant irréprochables.
De même, que les femmes soient dignes, pas médisantes,
sobres, adhérentes (fidèles) en tout. (...)
Oui, ceux qui servent bien acquièrent pour eux-mêmes un beau rang
et beaucoup d’assurance dans l’adhérence au messie Iéshoua".
 

*"préposé" est la traduction d'André Chouraqui. D'autres versions traduisent "épiscope" (signifiant "surveillant"    dans la langue ancienne), désignant les responsables de communauté. On traduit ailleurs par "anciens".

**"assistants" est la traduction d'André Chouraqui. TOB traduit par "diacres", c.à.d. ceux qui sont chargés de venir en aide aux pauvres et aux malades. Pourrait aussi être traduit par "serviteurs"

Nous travaillons actuellement à la rédaction d'un code de déontologie pouvant servir de repères à ceux qui s'engagent dans un tel sacerdoce libre. En voici les premiers éléments :

  • Dieu premier servi
  • Bien servir son prochain, avec attention et respect, est aussi une manière de servir Dieu
  • Toujours garder à sa conscience que le diaconat est le fondement du sacerdoce. Si le service des plus démunis vient à, concrètement, disparaître de la vie du (de la) "préposé(e)", l'esprit sacerdotal se disloquera également
  • Un(e) "préposé(e)" est d'abord celui (celle) qui se tient en présence du Seigneur pour offrir à Dieu les besoins et les misères de ceux et celles dont il (elle) a la charge, c'est à dire de tout son entourage. Par l'Eucharistie, il (elle) élève le monde vers Dieu.
  • Pour le reste, chercher à être un guide, un phare, pour son entourage - davantage encore par ses actes que par ses paroles, en prodiguant encouragement et soutien
  • Mettre en place les structures et usages favorisant la croissance spirituelle de tous et chacun(e)
  • Ne demander aucune rémunération pour son service de préposé(e) : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement." Mt 10,8                                                   
  • Se savoir faillible, fragile, tout en prenant toujours davantage conscience de la puissance de Dieu qui se déploie dans la faiblesse même de l'instrument
  • Demeurer sans cesse vigilant(e) par le jeûne, la prière et la formation personnelle
  • Garder un contact vivant et fructueux avec les autres communautés chrétiennes

 

            Votre don permet l'expansion de Sacerdoce Sans Frontières. Un reçu pour fin d'impôt vous sera émis.                                                                                                                                                                                                                                                    

 

 


La corporation des Ouvriers de Paix compte parmi ses membres un couple ayant été tous deux ordonnés diacres au Québec le 19 mai 2007 par l'évêque Patricia Fresen du Roman Catholic Women Priest. Le RCWP est une initiative visant à rendre accessible aux femmes comme aux hommes le sacrement de l'ordination.  

      

 

Women priests

Roman catholic women priests

 



Jean a reçu la consécration sacerdotale le 22 février 2008, et a été nommé modérateur de l'oeuvre des Ouvriers de Paix.

Johane a été consacrée au sacerdoce le 19 mars 2008. 

 

Lettre ouverte

À l’heure où le Roman Catholic Women Priest se bute avec fracas aux fins de non recevoir de l’institution catholique romaine, nous nous interrogeons :

Pourquoi le seul mouvement catholique libre ayant eu l’audace de défier l’autorité religieuse en ordonnant au sacerdoce et à l’épiscopat des femmes et des hommes (mariés ou non et sans égard à leur orientation sexuelle) s’entête-t’il à chercher mordicus l’approbation catholique à sa dissidence? Est-il nécessaire que Rome bénisse pour être béni? L’action du RCWP a ouvert des voies nouvelles en permettant à des femmes et des hommes « proscrits » de vivre enfin leur sacerdoce, et donc de rassembler avec leur Maître. Que demander de plus puisque le but est atteint?!!!

Obtenir une reconnaissance officielle de l’institution religieuse est-il plus urgent que de répondre à l’appel d’un monde profondément bouleversé par les crises de l’individu, du couple, de l’enfant, de l’ado, de la société entière? L’Humanité se cherche. Comment répondre à son inextinguible soif de sens, comment relever celui ou celle qui est blessé(e), comment remettre en route l’affaibli(e)? L’être humain n’a-t-il pas un urgent besoin de phares, de consolateurs(trices), d’accompagnateurs(trices)? Comment les envoyer, sinon en créant un sacerdoce libre (détaché) de toute allégeance religieuse? L’Esprit Saint appartient-il en propre aux Baptistes, aux Catholiques, aux Luthériens, aux Anglicans, etc…? Peut-on être prêtre de par l’Esprit Saint, tout simplement, comme saint Paul lui-même qui a suivi sa voie apostolique en lien avec les autres témoins de la foi (les apôtres choisis par Jésus lors de sa vie terrestre) mais non pas sous leur gouverne?

Depuis longtemps, le problème majeur de la foi chrétienne se trouve dans les institutions qui font profession de la mettre sur l’étendard, dans leur volonté d’encadrer l’allégeance, de mesurer l’adhérence, d’assurer leur pérennité : croisades, inquisition, guerres de religions, trafics d’influence, mise à l’index, abus de pouvoir, désinformation, etc. Est-il possible de rassembler les enfants de Dieu sans vouloir les inscrire sur les registres de telle ou telle église?

Vivre son sacerdoce, n’est-ce pas prendre sur son cœur les brebis blessées, partir à la recherche de l’égarée, rassurer celle qui s’effraie, prendre soin des agneaux, les reconnecter au troupeau, le nourrir, intercéder pour lui et le bénir? C’est sans doute sur la signification du mot « troupeau » qu’on fait erreur : on en a rétréci le sens en l’interprétant comme « groupe religieux de telle ou telle allégeance ». Et si, tout simplement, le troupeau n’était que la société comme telle, le monde entier, comme l’a si bien enseigné Vatican II? Si le bercail n’était tout bonnement qu’une famille aimante et accueillante, ou un organisme communautaire vivant et empathique?

Et si nous ne devenions pas « prêtre » pour étamper le sceau « CHRÉTIEN » sur les personnes qui gravitent autour de nous? Si nous ne cherchions pas à les ramener à une soi-disant « pratique religieuse ». Si nous œuvrions simplement à leur faire prendre conscience de leur incommensurable dignité? À les ouvrir à un mieux-être? La joie sacerdotale n’est-elle pas de voir celles et ceux qu’on accompagne identifier en eux (elles) leur soif d’absolu;  de leur révéler (dévoiler) à quel point ils (elles) sont chéries de Dieu et ce EN LES AIMANT –DU MIEUX QUE L’ON PEUT – COMME DIEU LES AIME, LUI, PARFAITEMENT?

A-t-on besoin, pour aimer ainsi, qu’une quelconque institution nous  « enrôle » dans sa cohorte sacerdotale? Dieu a-t’il jamais eu besoin des intermédiaires ecclésiastiques pour se faire connaître au monde? (N’est-ce pas à l’inverse les institutions religieuses qui se servent de Dieu - et de notre désir de le servir - pour se maintenir en place?) N’est-ce pas plutôt par le témoignage gratuit des saints, des disciples et des inspirés que Dieu nous a été dévoilé?

Est-il nécessaire d’exercer son sacerdoce au nom de telle ou telle Église? Être prêtre du Très-Haut ne suffit-il pas? Ne sommes-nous pas suffisamment mature, comme peuple de Dieu (de toutes allégeances) pour discerner celles et ceux qui, parmi nous, ont l’expérience et le doigté nécessaire pour guider leurs proches et prochains vers la source intérieure? N’avons-nous pas le leadership nécessaire pour répondre aux besoins spirituels criants de notre temps? (Une institution qui s’arroge le droit de nous retirer cet exercice de notre leadership peut-elle le faire en toute justice au nom de Dieu?) N’avons-nous pas le discernement de l’Esprit pour reconnaître celles et ceux que Dieu appelle et les envoyer rassembler, au nom de notre Maître à tous? « Qu’ils soient UN » a imploré Jésus à la veille de sa mort.

Nous nous désolons de voir les appelés au sacerdoce dépenser tant d’énergie à maintenir l’institution ou à chercher sa reconnaissance, alors qu’à leur porte, les enfants de Dieu meurent d’inanition spirituelle. Qui s’en soucie?

Johane Filiatrault

Jean Beauchemin

Pour :  Sacerdoce Sans Frontières 

 

Note : Les auteurs de cette lettre ouverte forment un couple et ont été ordonnés au diaconat en 2007 par le Roman Catholic Women Priest